jeudi 08 février
Suite et fin
L'euphorie première passée, je tente de rassembler mes esprits et de voir comment je vais m'organiser pour entamer mon stage dans les meilleures conditions. Sachant que pendant deux mois complets j'aurai des cours en parallèle du boulot (et mine de rien, pas mal de travail scolaire à faire), un minimum de planification stratégique est nécessaire.
Je me demande aussi de quelle façon je vais poser ma dém' au Grand Clown :
- option n°1 : Bande de connards, je me casse, j'ai trouvé un boulot 'achement mieux;
- option n°2 : je prétexte des soucis de santé incompatibles avec ma fonction d'équipière polyvalente (ce qui est le cas en ce moment) ;
- option n°3 : je pars sans donner de raison ni prévenir personne.
N'ayant pas envie d'évoquer la vraie raison de mon départ (mon stage, donc), pas plus que de narguer ceux qui restent - les pauvres - , de me justifier ou de partir comme une voleuse, il me restait l'option n°4 : annoncer mon départ pour raisons personnelles et effectuer sagement mon préavis.
C'était sans compter l'appel du Clown Petit.
Clown Petit travaille pour le Grand Clown. Il dirige le Mac Rot ou bientôt, je ne bosserai plus. Clown Petit est spécialisé en techniques de négociations ("non"), de management (il assène des "merci beaucû" tous sauf sincères aux employés comme si nous étions gravement handicapés mentaux), et surtout en promesses de promotions (demain, on rase gratis) (moi naïve, moi croire quand on me dit "promis le mois prochain", sauf quand on me fait le coup plusieurs mois d'affilée).
Il y a dix jours, ignorant encore cette grâce suprême de trouver un stage rapidement qui m'a été accordée par je-ne-sais-qui qui pense à moi dans le ciel, je préviens de vive voix et par lettre Clown Petit que je ne pourrais plus continuer à travailler aux mêmes horaires à cause de mes changements d'emploi du temps, mon second semestre débutant le lundi 5 février. Ainsi le mercredi soir, je finis désormais à 21h, hors de question de bosser après.
Clown Petit tente de marchander, mais moi aussi je suis devenue experte en techniques commerciales, et puis j'ai cours, point barre, mes nouveaux horaires ne sont donc pas négociables. On m'a planifiée le mercredi 7 au soir, en même temps qu'un séminaire, j'ai prévenu et j'irai donc à la fac plutôt qu'au poste à frites.
Clown Petit me promet d'en reparler le lendemain.
Le lendemain n'est pas dispo.
Le surlendemain est parti avant mon arrivée.
Le sursurlendemain, re-arrêt de travail -imposé par mon médecin, je voulais juste une analyse de sang et des vitamines moi. Je préviens mon boulot comme je suis réglo.
Sea, sex and sun, le temps passe vite quand on s'amuse : mon arrêt de travail a pris fin hier.
Aujourd'hui, mercredi (bon d'accord là il est jeudi, une heure du mat' j'ai des frissons, mais ne cherchez pas la petite bête, ho !) je devais bosser de 18h à 22h. Je vais donc logiquement en cours - qui se révèle passionnant, au passage - de 18h30 à 21h.
18h10. Mon portable sonne.
"- Allo Chipolataaa ? C'est Clown Petit. Ce n'est pas aujourd'hui que tu reprends ? Où es tu ?
Jamais, au grand jamais on n'appelle un équipier en retard chez nous. Pas plus qu'un équipier qui ne vient pas (avec le nombre de déserteurs, ça coûterait d'ailleurs drôlement cher en communication téléphoniques).
- Je vais en cours, je t'avais indiqué mes changements de disponibilités dans un courrier.
- Ah, t'aurais vraiment pu me prévenir ! me dit-il d'un ton paternaliste qui annonce "pas de cadeau à Noël pour les enfants pas sages".
- Je l'ai fait dans le courrier que je t'ai envoyé -annonce poliment mais fermement la Chipo.
- Ah, t'aurais vraiment pu m'en parler ! qu'il reprend, de sa voix qui signifie "moi pas content".
- Tu n'étais pas dispo pour en parler, et j'ai eu mon arrêt de travail directement après ça (le wasabi me monte lentement, mais sûrement au nez).
- Ah, t'aurais pu venir pendant ton arrêt pour en parler - et toi ducon, tu ne pourrais pas arrêter de faire preuve de mauvaise foi ce soir et jouer franc jeu ?
- Quand je suis en arrêt, ce n'est pas pour le plaisir. Je t'avais prévenu (d'un ton très très très ferme, j'ai horreur qu'on se foute de moi).
- On en reparlera," dit-il pour mettre fin à la conversation d'un air dédaigneux.
Oh, pas besoin d'être une lumière pour comprendre la stragégie de Mac Rot. Je vous jure, leurs techniques de management sont d'énormes ficelles faciles à déceler, généralement amusantes, mais pour le coup, qui ne me donnent pas du tout envie de rire.
On me place en situation de faute (là où faute de ma part il n'y a
pas, puisque j'ai suivi la procédure à respecter en la matière) pour me
mettre en situation de fait accompli :
soit m'imposer des horaires
qui ne me conviennent pas, et tant pis si pour gagner ma croûte je dois
sécher les cours (la flexibilité, qu'ils disaient),
soit m'imposer
une réduction de contrat pour me faire bosser aux horaires qui les
arrangent eux et uniquement eux (la souplesse, qu'ils disaient) malgré
les engagements qu'ils ont pris envers nous.
C'est donc décidé. Ma démission sera remise au Clown Petit demain par lettre recommandée, sans un mot d'explication.
Il m'en demandera sûrement les raisons la prochaine fois que je le croiserai, raisons qui tiendront en une phrase : "dans mon travail, ma seule exigence est d'être respectée, ce n'est pas le cas ici, je m'en vais donc".
Une goutte d'eau dans l'océan. Je serai remplacée immédiatement, trop de gens cherchent du boulot, même du boulot pourri. Quand on n'a pas le choix, le non-choix est vite fait...
Une goutte d'eau dans l'océan. Evidemment un patron sait ce qu'il perd et jamais ce qui le remplace, et puis la formation d'un nouvel employé, c'est toujours une perte sèche en termes de temps pour le Mac Rot (ce qui explique sans doute pourquoi si peu de temps leurs sont accordées, à ces fameuses formations).
Une goutte d'eau dans l'océan. Ca ne changera sûrement rien à la façon du Clown Petit de gérer son usine. Mais si ça peut le faire chier, au moins un tout petit petit peu, si ça peut lui faire comprendre quelques secondes durant que les employés de base ont aussi une conscience et n'aiment pas être pris pour des crétins, et si j'ai l'occasion de lui dire ce que je pense en face devant témoins (nombreux si possibles), je pense que je me sentirai bien vengée de ces mois où j'ai fermé ma gueule parce qu'il fallait bien payer le loyer.
Sans rancune, comme on dit. Je sens que pendant mes quinze jours de préavis, je n'aurai aucun scrupule à sécher le boulot. Si vous voulez des Big Jack gratuits, c'est le moment les amis.
Mais gare à l'indigestion.. conseil d'ami, j'ai une nausée estampillée Mac Rot.
mercredi 24 janvier
Poésie, quand tu nous tiens
C'est une ondée de printemps, c'est un tsunami déferlant, c'est un geyser, un volcan,
Un Vésuve en éruption, qui nous abreuve de douces effluves.
Vous avez deviné : les chiottes du Mac Rot sont encore bouchés.
lundi 25 décembre
Vive la France
Hakim est algérien. Arrivé en France il y a cinq ans, il travaille au Mac Rot. Il est même devenu manager. C'est un type sérieux, presque austère, mais avec qui j'aime bien bien travailler.
Et puis l'autre jour, il me prévient qu'il va bientôt arrêter de bosser avec nous. Il rentre au pays. Rien de grave, j'espère, en pensant qu'un membre de sa famille pourrait être malade. Rien de grave, me dit-il d'un sourire amer. C'est juste que la préfecture trouve qu'il a assez traîné ses guêtres en France. Visa non renouvelé, il doit retourner en Algérie. Et laisser son travail à un bon Français.
Il y a des jours où j'ai honte d'être Française. Des jours où j'ai peur du résultat des prochaines élections, en matière de solidarité comme de libertés individuelles et collectives.
J'ai promis à Hakim que je ferais tout mon possible pour l'aider. Quelques connaissances de base en droit administratif me rappellent l'existence du référé-liberté, du GISTI, cette association qui défend dans de pareils cas les immigrés.
Hakim travaille. Pas au noir. Il paie des impôts. Son casier est vierge. La dernière solution pour lui serait de se marier. Il est célibataire, apparemment très désireux de rencontrer quelqu'un, sans doute autant parce qu'il se sent désespérèrent seul, que dans l'espoir de convoler en justes noces pour obtenir le sésame qui lui permettra se rester en France.
J'ai promis à Hakim que je ferais tout mon possible pour l'aider. Mais si je veux me battre pour mes idéaux, je crois que je n'ai pas le courage de lui proposer un mariage blanc. Entre les risques que cela ne suffise pas à le faire rester (les mariages mixtes sont souvent suivis, ou précédés d'une enquête), le statut de femme mariée / divorcée que je m'imposerai à vie, ma propre conception du mariage, l'impact sur notre relation avec Petite Taupe, qui le prendrait sûrement très mal, et à très juste titre, non, je n'ai pas les couilles de le faire.
Je n'ai pas le courage d'aller jusqu'au bout pour mes idéaux.
Dur d'ouvrir les yeux sur la réalité.
Dur, mais encore plus pour lui. Alors ce qui n'est pas trop lourd pour moi, je vais le faire. Et maintenant.
Joyeux Noël, Hakim.
jeudi 23 novembre
A new hope (no Episode IV inside)
Hier, je me suis réveillée bien décidée à faire cesser mon exploitation chez Mac Rot. Je dois y travailler, ou plutôt je dois travailler à côté de mes études jusqu'en avril 2007 : je m'étais dit que j'arriverai bien à avoir une promotion avant cette date (histoire de me donner un objectif pour ce boulot qui ne me motive que modérément).
Sauf que la coupe commence à déborder. Je suis mal payée. Je suis traitée comme un larbin. Je sais qu'à la fois la plupart des employés et managers me respectent pour la qualité de mon travail, que les clients m'apprécient pour mon sourire, mais la considération, ça va bien deux minutes, hein. Au bout d'un moment, on attend aussi des résultats matériels.
Hier donc, j'ai écumé mon quartier pendant environ une heure et demi pour demander dans tous les hôtels / restaurants / boutiques dans lesquels je me sens une carrure pour travailler si ils recrutaient du personnel. Pour la carrure, il se trouve que j'habite dans le VIIème arrondissement, quartier chic s'il en est, et que je me vois mal travailler dans un magasin où les chaussures coûtent autant que mon salaire mensuel...
J'ai enfilé mes plus belles bottes, aiguisé mon sourire le plus charmant.
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Apparemment, en ce moment ce n'est pas la saison du recrutement (ou plutôt, c'est ce qu'on m'a répondu dans les 3/4 des lieux auxquels j'ai frappé à la forte).
Je suis allée travailler le soir, un peu dépitée. Il se trouve que hier soir, notre restaurant accueillait un ponte de l'entreprise (at thi international leveul, mine de rien).
Il se trouve que également que hier soir,on m'a demandé d'aller vendre des peluches dans la salle au lieu de tenir la caisse, comme habituellement (vu que tout le monde avait été mobilisé pour la venue du grand ponte et qu'il y a avait à peu près trois fois plus de personnel que de clients).
C'était mission impossible : peu de clients, pas d'enfants. J'ai re-aiguisé mon sourire le plus charmant, sans enfiler mes plus belles bottes (l'uniforme étant composé d'un t-shirt informe, d'un jeans qui fait des moches fesses et de chaussures de chantier - ou équivalent). L'inspiration m'est venue, j'ai trouvé "LE" argument qui fait mouche, et j'ai vendu mes paniers de peluches comme des petits pains (la phrase de mon frère "tu pourrais vendre de la glace à des Eskimos" à propos de mes qualités de commerçante m'est alors subitement revenue en mémoire).
En tout cas, des peluches, je n'ai vendues plein. J'en ai même vendu à Monsieur le Ponte. Monsieur le Ponte a été impressionné par mon aisance et mon argumentation. Surtout que je ne travaille là que depuis septembre (ou bien était-ce alors par ma motivation, alors que pourtant je travaille là depuis septembre ?).
A côté de Monsieur le Ponte, le directeur du Mac Rot où je travaille. Ravi de cette bonne pub qui lui est faite. A qui je lance en faisant semblant de tousser "c'est peut-être le moment de penser à une promotion" quand Monsieur le Ponte m'adresse des compliments.
Monsieur le Ponte a fini par partir, apparemment plutôt satisfait de sa visite même s'ils ne sont jamais vraiment contents, ces gens-là. J'ai réussi à attraper à nouveau mon directeur, en lui disant avec un grand sourire "Alors, quand est-ce que tu me passes hôtesse ?"
Je ne veux pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir niqué. Mais quand il m'a dit de passer le voir vendredi, je dois avouer que j'ai été sacrément ravie.
Manque de chance, je ne le verrai finalement pas avant la semaine prochaine pour cause de Grenoble ce week-end. Mais savoir que mon salaire peut augmenter (un petit peu), mon travail devenir moins pénible et mon uniforme moins laid, j'avoue que cela fait toujours plaisir.
A suivre !
mercredi 08 novembre
Ouvre les yeux
"Tu as bien du mérite", me dit-on souvent alors que je m'apprête à aller travailler, comme hier soir (18h30-1h, pause d'une demi-heure). Je réponds le plus souvent en riant que je n'ai pas de mérite, parce que je n'ai pas le choix...
Mais hier, quand j'ai quitté le boulot à près d'une heure et quart du matin, quand j'ai salué les gens de la nuit : ces hommes, tous noirs africains, qui arrivent quand les derniers partent, pour faire le ménage d'une journée de graisse, de crasse et de sueur, je me suis dit que, même si eux n'avaient sans doute pas le choix non plus, du mérite, ils en avaient assurément.
Du mérite, il en a aussi, Samir. "Equipier polyvalent", comme on dit en ressources humaines, autrement dit de façon moins édulcorée, larbin payé au SMIC. Le même boulot que moi, sauf que pour moi, ça n'est qu'un job d'appoint.
La petite quarantaine. Immigré de la première génération. Père de trois enfants en bas âge, sa femme est lourdement handicapée, apparemment, depuis peu. Alors il rentre chez lui, loin des quartiers chics de Paris où il travaille, et où on le regarde comme un moins que rien à cause de son boulot qui lui fait mettre les mains dans les sandwichs ou les poubelles (il se les lave entre temps, que personne ne fasse de syncope), il va chercher ses enfants à l'école, et il revient régulièrement pour travailler le soir, jusqu'à 22 ou 23h, le week end. Et il est souriant, et il est sympa, et il ne se plaint jamais.
Résigné à ne pas changer de vie à son âge, peut-être. Mais pas abattu. En tout cas volontaire et combatif. Avec l'espoir d'un avenir meilleur pour ses propres enfants. Et bien finalement, dans le fond, c'est peut-être cet homme-là que j'admire le plus.
Chapeau bas, Samir. Et bonjour à ta femme.
mardi 31 octobre
Boulet un jour, boulet toujours
A quoi sait-on qu'on devient complètement obsédé par son travail ?
- Quand on en rêve (heureusement, j'arrive à me dire en plein sommeil "tu vends déjà assez de Big Big éveillée, ce n'est pas la peine de t'y mettre aussi quand tu dors")
- Quand vous allez en plein après-midi acheter un bouquin et taper
un brin de causette avec la libraire, et qu'en repartant, vous la saluez
en débitant d'un ton mécanique commercial la sacro-sainte phrase choc d'au-revoir au
client chez Mac Rot : "Bon appétit et bonne journée"...
Pas grand chose certes, mais assez pour se dire 1) qu'on a besoin de vacances 2) que décidément, en toutes situations je reste la reine des crêpes.
lundi 30 octobre
Micro-honte (non électro-ménagère)
Au Mac Rot, on a de la chance. Dans notre (attention, usage insidieux et si peu ironique de guillemets ci-après) "restaurant", le personnel a droit à des vestiaires non mixtes, pourvus de casiers non seulement privatifs, mais en plus, dotés de cadenas. Le grand luxe, quoi.
Un bémol : comme les toilettes sont régulièrement en panne (donc fermées à clé), il faut se changer devant toute la gent féminine présente au moment M dans les vestiaires. Je suis loin d'être très pudique, mais j'avoue avoir plus de réticences à me déshabiller devant des filles que je vois et qui me voient toujours en uniforme (t-shirt informe, pantalon moche et chaussures assorties) que devant des copines qui connaissent ma morphologie par coeur (poitrine opulente et bouts de gras compris) à force de me voir vêtue de façon, comment dire les choses simplement, normale. Bref.
Déjà, les équipières (comprenez : larbins de sexe féminin) qui se changeaient en même temps que moi m'ont fait des remarques comme "ouh, tu es sexy sexy, aujourd'hui" en voyant que je portais des bas. Mais là où je me suis dit qu'il y avait un problème, c'est quand l'une d'entre elles a eu un petit rire nerveux l'instant d'après. Les autres ont ouvert des yeux ronds. J'ai baissé le regard, et c'est là que j'ai vu l'irréparable.
Ma jolie culotte, déjà un peu trop sexy au naturel, ma jolie culotte était enfilée complètement à l'envers, retournée intérieur vers l'extérieur, et étiquette devant.
Grand moment de solitude.
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Vous prenez alors une grande inspiration, enfilez votre pantalon l'air de rien, et essayez de penser que après tout, elles ne sauraient vous en tenir rigueur, car sous leur uniforme, vos collègues aussi ont droit à une vie sexuelle épanouie.
Demain si vous êtes bien sages, une nouvelle micro-honte de votre amie Chipo.
lundi 11 septembre
Faites ce que je fais, pas ce que je dis
Après une séance de lavage de cerveau (pardon : de formation) de plus de quatre heures vendredi matin, au cours de laquelle on a longuement seriné à la novice que je suis : qu'il fallait se laver les mains toutes les heures, après avoir manipulé de l'argent, etc ; qu'il fallait jeter les sandwichs non vendus après un délai de temps ; que le sourire était de rigueur en face d'un client, et ainsi de suite, je me heurte à la triste réalité de l'usine Mac Rot.
"Si un client te fait chier, tu l'envoies balader" ; "pas trop remplies les glaces, sinon ils prennent de mauvaises habitudes" ; "il est pas encore servi, tu t'en fous, tu enchaînes et plus vite que ça, passe au client suivant" ; "là en théorie le sandwich il est plus bon, mais en fait tu le vends quand même" ; et notre gagnant du jour : "manger ici ? Après avoir vu comment c'est préparé en cuisine ? Non merci !"
Après une formation d'une demi-heure montre en main samedi soir, sous les yeux distraits d'une équipière plus expérimentée que moi, je me retrouve seule en caisse, paraît-il que c'est exceptionnel de confier une telle responsabilité aussi vite à un bleu comme moi.
Bon dieu, je m'en serais bien passé. Je suis sortie du boulot mi riant d'avoir fini, mi pleurant d'épuisement, et mon pauvre Petite Taupe a fait les frais de ces deux dures premières journées.
Bon dieu, je me demande combien de temps je vais tenir comme ça.
jeudi 07 septembre
"Il" est revenu

Image discrètement subtilisée à ce site
- 1 RIB ;
- 3 photos d'identité ;
- 87 heures par mois ;
- 37 de pointure ;
- 38 en taille de pantalon ;
- Medium pour le haut.
Y'a pas de doute, je signe demain.
mardi 05 septembre
Capitalisme, me voilà !
Mon destin se joue cet après-midi. A 14h30, session de recrutement pour devenir employée polyvalente dans une célèbre chaîne de restauration rapide.
Autrement dit, être payée une misère pour récurer des chiottes, nettoyer des bacs à frites graisseux, répondre en souriant à des clients pas aimables.
Ami Ronald, je te préviens, tu ne me fais pas peur.

