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mardi 05 février

Mardi-gras et bas les masques

Elle dit à ses amis au téléphone qu'elle est un peu déprimée. Elle raconte à d'autres en riant que définitivement, la dépression hivernale ne lui réussit pas. Et quand elle raccroche ou referme la porte, quand elle se retrouve face à elle-même, elle ressasse C'est rien que des cons ils comprennent pas à quel point ou quoi ?

Parce que pleurer à tout bout de champ (pour un commerçant peu aimable, son petit ami qui lui demande d'étendre sa serviette après avoir pris son bain), ce n'est pas normal. Pas plus que de tremper son oreiller juste comme ça, au moment d'aller se coucher.

Toutes les raisons d'espérer quant à son avenir, mais une impossiblité conjoncturelle à se projeter au-delà du prochain repas - le simple fait de faire sa toilette lui demande un effort surhumain.

Une sensation de vide nauséeux à l'intérieur du bide. La sensation d'être juste nulle, bonne à rien. De ne rien mériter, de ne rien avoir à prouver.

En un sens, elle culpabilise de ne pas aller vraiment très très mal. Après tout, ça a déjà été bien pire : de crises de larmes dans le bus en crises de nerfs en solitaire, de Prozac en questionnement métaphysique sur le point de savoir à qui je fais de la peine, si je meurs, de SOS psy en psy tout court, elle a déjà été bien plus mal. Elle sait que pour une fois, elle a compris à temps. Mais elle s'en veut de si vite baisser les bras...

Fatiguée de jouer les Gentilles Organisatrices, lassée de prouver qu'elle aurait pu avoir son diplôme de l'école du rire, épuisée d'être souriante, polie et charmante. Et en fin de compte, une seule envie : se terrer au fond de son lit.

Je vous rassure, cette histoire est presque purement fictive. La preuve, j'ai bien une douche, mais pas de bain.

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jeudi 15 novembre

Dans la cité du Hurlevent

Fabien a quatre ans et ne comprend pas très bien pourquoi les autres à l'école regardent bizarrement sa maman. La maman de Fabien est en fauteuil roulant.

Fabien a huit ans et n'aime pas trop aller à l'étude quand son grand frère travaille sagement. A 18 heures, Fabien préfère les feux d'artifice de pétard dans les rues de la cité avant le retour du travail, un peu plus tard le soir, de ses parents.

Fabien a dix ans et n'aime plus du tout l'école. De menus trafics de bonbons en revente de cartes à jouer "empruntées" il amasse des sous, et ne voit pas en quoi étudier les maths et le français l'aidera un jour à gagner de l'argent.

Fabien a douze ans et traîne de plus en plus souvent dans la rue maintenant. L'autre jour avec les gars de la cité, c'est carrément une voiture qu'ils ont réussi à faire démarrer. Fini les mobylettes, ce qu'ignorent ses parents convoqués par le proviseur "je sais bien que vous travaillez, et le handicap de madame, mais il ne faut pas laisser passer ce genre de comportement".

Fabien a quatorze ans et il ne s'en laisse pas raconter maintenant. Touche-à-tout, charmeur, intelligent. Il s'est fait une place parmi les revendeurs de la cité, on le sait c'est public il vend de la qualité. Quelques convocations chez les flics, un regard larmoyant, il s'en tire toujours bien trop facilement.

Fabien a seize ans et le monde est à lui. On fait appel à lui, on le respecte, on le craint : il le sait, maintenant il est quelqu'un. En sursis il s'en fout il veut foutre le camp. Ses parents ont tout tenté, les menaces la pension, ils demeurent impuissant.

Fabien a dix-huit ans et un charisme étonnant. Violent ou méprisant selon qu'on s'oppose ou qu'on le suit, il trouve cette vie un peu petite pour lui. Au-delà des murs blancs de la cité il se rêve un avenir de caïd, un destin digne de lui. Et puis y'a ces enculés qui menacent de le buter, soit-disant qu'aux flics ils les aurait donnés. Marche ou crève et chacun pour soi, Fabien sait bien qu'il n'avait pas le choix.

Les parents de Fabien ont l'air bien vieux aujourd'hui. Les flics voulaient les faire déménager : vivre caché, le triste sort de l'indic. Fabien crachait par terre, roulait encore des mécaniques. Fabien faisait encore le beau, Fabien sur sa moto conduisait bien trop vite.

Les parents de Fabien savaient bien les menaces, on ne trahit pas les copains facilement. Impuissants au procès impuissants dans leur vie ils concèdent tristement qu'ils préfèrent encore à l'homicide volontaire que Fabien soit mort d'un accident.

Son grand frère autrefois si sage s'est acheté une moto et commence à traîner avec les gars de la cité comme pour exorciser l'absence du prématuré disparu. Nous pensons tous que ce n'est qu'une phase et l'entourons en espérant très fort que ça ira mieux demain. Egalement impuissants.

Fabien aurait vingt ans. Il était mon cousin.

Posté par Chipolata à 16:10 - Les Autres - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 09 novembre

Chronique de la violence ordinaire

Elle est mon amie. Elle travaille au quotidien avec des jeunes en grande difficulté, comme on dit pudiquement. Elle m'a accordé la confiance de partager ses mots, ces maux... Merci.

23h. La route défile sous mes yeux mais je la vois à peine.... Dix minutes que je pleure, que je voudrais hurler, mais rien ne sort, rien.

Les images tournent en boucle et les phrases résonnent. Le couteau, les cris, toujours les cris "Arrête arrête calme-toi" Fais pas ta salope Je vais rejoindre mon père là-haut de toute façon Et ça tourne et ça tourne et les images encore, la chambre dévastée, les jeunes qui vont et viennent et puis un bruit encore, un son mat celui d'une tête balancée à pleine volée contre un mur de placo. Des sanglots puis le calme, et puis les cris encore Mais putain pourquoi, allez vas-y ça me fout le mort.

Amorphe et incapable, naufragée ballotée deux heures durant dans ces flots de violence pure chariée, vagues d'agressivité, on ne pense à rien, à rien, le vide. Ne pas trop s'approcher, pour ne pas s'en prendre une. Ne pas trop s'éloigner, pour protéger les autres, les protéger des autres, les protéger d'eux-mêmes.

Contention.
Violence.
Autodestruction.
Délires psychotiques.
Maltraitance.

Des mots rien que des mots, mais terribles incarnés, et qui balayent tout, toutes les conviction, toutes les pensées, et il ne reste plus rien, plus rien que l'impuissance, que l'incompréhension, plus rien que la souffrance.

Mais ce n'est pas le pire. Le pire, c'est que ça ne m'empêchera pas de dormir.

Le pire c'est que sur l'instant ça ne m'a qu'à peine choquée.

Le pire c'est que je sais que c'est ici ma place, que je sais que ça peut de nouveau arriver, que je suis prête à le vivre à nouveau, à le revivre ad nauseum.

Le pire c'est cette violence enfantée par la société.

Le pire, c'est que rien ne va s'arranger.

Posté par Chipolata à 09:54 - Les Autres - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 07 novembre

Julien

Tu es dit-on sociable, plutôt beau garçon, assez intelligent, une bonne situation.

Oui mais voilà, tu t'approches des trente ans, et même sans horloge biologique pour te remettre les pendules à l'heure, l'envie de te poser avec une femme te chatouille sacrément.

Une femme certes, mais pas n'importe laquelle, tu es bien tout sauf désespéré !

Désespéré non, pragmatique oui : tu t'inscris sur M**tic.

Avec finesse et auto-dérision, tu remplis ta fiche de présentation.

Tu fill in the blanks de ta femme idéale :
- elle devra être jolie (dire que tu préfères les moches serait mentir),
- intelligente au moins autant que toi (et avoir plus de conversation qu'une esthéticienne),
- cultivée bien entendu (et les esthéticiennes c'est bien connu ne sont pas cultivées),
- Ne resquillons pas sur les kilos (les bourrelets t'ont toujours dégoûté),
- et l'âge ? Oh vraiment, tu n'es pas difficile ; un brin plus jeune ou plus vieille que toi (en dessous de 20-25 ans, elles manquent un peu de mâturité; à partir de 35, elles ne pensent qu'à se caser pour faire un bébé),
- en un mot, subtile et un brin futile : tu aimes les femmes qui prennent soin d'elles mais en ont un peu dans le crâne.

Alors le soir, maintenant, entre deux virées avec tes copains, tu hantes les pages web de M**tic. Et oui, toi tu as une vie à côté !

Tu lances des chats comme des hameçons à des cibles clairement identifiées. Tu réponds poliment à celles qui te sollicitent - sauf quand elles ne savent pas parler français. Tu éconduis galemment celles qui ne te correspondent pas ; enfin, être bons amis, pourquoi pas.

Pire à tes yeux que la grosse, la vielle ou la moche, il y a la supposée nevrosée. Tu n'es pas là pour faire le psy, on va arrêter les frais ici.

Tu prends patiemment pitié quand on t'accuse d'être un salaud ; après tout, c'est bien là le lot des honnêtes gens.

Celle-ci te plairait pourtant, avec quelques années de moins. Oh, elle est encore très bien, mais passée la barre fatidique de l'âge d'être pour la dernière fois maman, tu n'acceptes plus l'idée d'une relation ; tu lui proposes plutôt une rencontre câline, et pourquoi pas coquine ? Pas question de te taper un boudin, mais pour une qui approche de sa date de péremption, tu peux bien faire une exception.

Tu t'agaces de ne pas trouver cette femme que tu cherches tant. Ce n'est pourtant pas bien compliqué, finalement. Après tout tu te fiches bien de tomber amoureux - de toute façon l'amour toujours ce n'est que du flan. Tu veux juste une fille assez chouette pour pouvoir frimer devant les copains. Tu veux juste une fille assez chouette pour ne pas te dire que tu mérites mieux. Tu veux juste une fille assez chouette parce qu'une bof risquerait de révéler ce que tu es vraiment.

Alors en attendant la princesse charmante, tu hantes encore les pages web de M**tic. Quelques aventures ici et là (on ne dit pas coup d'un soir, c'est bien trop pitoyable). Des rencontres manquées faute d'un bac+3.

De cette longue expérience tu ne tires qu'amertume, clâmant toujours plus fort que tu attends la bonne.

Un peu plus aigre, beaucoup moins drôle, tu hantes toujours M**tic. A défaut de passion, à défaut de raison, tu soulages ton frein.

Posté par Chipolata à 15:00 - Les Autres - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 20 septembre

Tu as encore rêvé d'elle

La première fois que tu l'as vue, tu t'es simplement dit Elle est jolie.

Lors de votre seconde rencontre, elle a éclipsé tous les autres. Vive et discrète, drôle et poignante, spirituelle à fleur de peau, surprenante et merveilleuse comme nulle autre. Tu as alors compris qu'elle serait de celles qui comptent. Toi le tombeur, l'homme de leurs rêves, le gendre idéal, toi qui a tant de succès auprès des femmes, tu n'as voulu qu'elle.

Après tant de conquêtes et de papillonages, tant de coeurs brisés, de ravages, elle était ta chance, ta rédemption, ton espérance. Tu t'es fantasmé en Valmont devant la Tourvel et lui as fait un cour, sans te presser, à l'ancienne.

Tu l'as emmenée au restaurant, à l'Opéra, au Parc Monceau, près de chez toi, vous avez un dimanche soir mangé une crêpe infâme en riant de votre mésaventure au bord du Canal Saint Martin, et tu lui as fait porter des fleurs le lundi matin.

Tu n'était même pas presser de l'embrasser, et dieu sait que tu désirais chaque parcelle de sa peau que tu devinais. Tu rêvais de ses lèvres, de ses hanches, de sa poitrine dénudée. Tu attendais avec l'impatience d'un collégien manquant de confiance en lui, tu guettais le moment, en séducteur aguerri - arrogant, c'était avant.

Un soir, comme dans un rêve, c'est elle qui a pressé délicatement sa bouche contre la sienne. Et puis, comme Cendrillon, elle s'est enfuie. Tu en as rêvé toute la nuit, rêvé de cette promesse, de ce serment échangé sans un mot. Tu as rêvé d'elle sereinement et follement, comme tu l'aimes.

Ton coeur a flanché quand elle est réapparue le lendemain soir sur le pas de ta porte. Sans mot dire, juste des sourires échangés, des regards qui en disent longs, tu l'as comme tu en avais tant rêvé dévorée, caressée, pénétrée toute la nuit. Tu étais transporté par ses soupirs, ses sourires... Elle a dormi à tes côtés et partagé les croissants que tu étais allé chercher dans la fraîcheur du petit matin.

... depuis elle refuse de te voir. Tu as tout imaginé, remis en cause ta virilité, cherché à comprendre, tu l'as appelée et rappelée. Elle répète obstinément que ce n'est pas de ta faute, que non, elle n'a personne d'autre. Tu l'as accusée d'être malhonnête, de s'être moquée de toi, elle répète simplement qu'elle est désolée, qu'elle ne peut pas. Elle t'a enfin dit qu'elle ne supportait plus ces explications qui deviennent malsaines à force de traîner en longueur, qu'il vallait mieux à son avis couper les ponts, qu'elle ne te répondrait plus, qu'elle ne te rappellerait pas.

Tu l'as traitée intérieurement de pute de salope de connasse, mais tu as compris qu'elle agit juste par souci d'honnêteté. Que simplement, elle ne t'aime pas.

C'était hier et c'était il y a des siècles. Les nuits se suivent et se ressemblent... Le matin tu te réveilles tremblotant.

Tu as encore rêvé d'elle, et ton oreiller, douloureusement trempé de larmes, te le rappelle.

Posté par Chipolata à 10:04 - Les Autres - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 19 septembre

Comme un souffle d'air vicié

Tu voudrais être différente et te fondre dans la masse, ou bien l'inverse, tu ne te souviens plus très bien.

Tu te cherches des qualités et des défauts, tu prétends être égoïste et généreuse, peureuse et téméraire, mais dans tes moments de lucidité tu admets n'être ni l'un ni l'autre. Tu es ta pire ennemie, tu es l'absence de caractère.

Tu extrapoles, tu exagères, tu affabules, tu t'invente des vies. Tu t'es fait tour à tour ange gardien, râleuse ou prostituée pour t'inventer une vie. Mais reconnaître que tu te sens toujours aussi fade, ça, tu ne peux pas l'avouer.

Tu te cherches une contenance, tu es si contente de sortir un bon mot en société mais dès les rires envolés tu redeviens transparente, tu es cessé d'exister - cassée.

Tu t'en veux de ton bonheur, tu culpabilises d'alller bien.
Tu n'es qu'une survivante. Et tu t'en veux d'être, encore, là.

Au fond, tu aurais simplement voulu être quelqu'un. Au fond, tu sais simplement que tu n'es rien.

Cesse un peu de baisser les yeux et affronte ce miroir.

Regarde-toi.

Regarde-moi !

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vendredi 07 septembre

Bel ami

Petit il n'aimait pas se faire remarquer. Il s'asseyait près de la fenêtre en classe, pour regarder les ciel et les oiseaux chanter. Il admirait le cancre adossé contre le radiateur, sans réaliser que c'était autour de lui-même que les filles tournaient.

De mignon petit garçon il est devenu bel homme, plus assuré, toujours discret. Il plait toujours aux femmes, celles-là même qui trouvaient ce petit garçon adorable à la sortie de l'école, et à celles qui le sont devenues, qui à l'époque se tiraient les couettes pour se mettre en rang avec lui quand la cloche sonnait.

Il aurait pu être collectionneur, s'il avait compris à quel point il a du succès, et s'il avait voulu en profiter. Il n'a jamais été un profiteur.

Et puis il l'a rencontrée. Il était déjà tombé amoureux auparavant, tendrement, sincèrement. Mais avec elle tout est différent. Il est toujours sincère, il est encore plus tendre, mais avec elle il se sent vivant comme jamais. Jamais il ne cesse de la désirer, ni de la chérir comme elle le mérite, ni même de l'aimer plus profondément qu'il n'a jamais aimé. Il irait jusqu'au bout du monde pour elle. Il est déjà allé jusqu'au bout de lui même. Elle l'inspire, elle le transcende, elle le libère...

Heureux ceux qui ont rencontré leur muse, car sur terre ils ont déjà atteint le royaume des cieux.

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jeudi 06 septembre

Comme l'amour

Absolument maternelle, complètement sensuelle.

Des yeux doux et perçant à la fois, une chevelure de jais qu'elle garde comme par pudeur toujours attachés, une bouche plein et souriante et des dents comme autant de petites perles qu'on devine prêtes à croquer la pomme. Des seins ronds et pleins qui appellent à la tendresse d'une caresse de maman comme à de sauvages jeux amoureux. Dans le regard de son homme on lit tout le désir et l'amour qu'il éprouve pour elle.

Sa voix est douce et décidée. Elle éclate régulièrement d'un rire clair et décidé et je ne l'ai jamais vue cesser de sourire, mais je devine ses colères explosives quand de muse elle devient furie. Dans le Panthéon grec elle aurait sans doute été Aphrodite : elle est droite et honnête mais n'aime rien tant que le plaisir.

Elle est Iseult, elle est Salomé, elle est Psyché. Elle est belle, belle, belle... comme l'amour.

Posté par Chipolata à 09:42 - Les Autres - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 03 septembre

Bonnie & Clyde

Ce matin dans le bus (et oui, la ligne 13 n'est qu'un leurre, je la snobe régulièrement), je m'assieds à côté de deux jeunes gens.

La jeune fille porte un manteau de fourrure dont mon oeil habitué  aux mamies du VIIème arrondissement  (mais pas suffisemment pour deviner de quel bestiau il s'agit) m'indique qu'il est authentique. Elle est chaussée de babouches jaunâtres à l'intérieures desquelles ses pieds sont vêtus d'épaisses chaussettes gris foncés. Elle est jolie mais ses cheveux auraient bien besoin d'un bon shampoing.

Le garçon porte un jean et un t-shirt assez seyants mais tâchés à de multiples reprises. Il est très beau et s'exprime avec un fort accent de la campagne. Les effluves qui se dégagent de lui rappellent à mon odorat délicat l'époque où mon frère adolescent boudait la salle de bain et le déodorant.

La jeune fille parle d'un appareil photo qu'elle voudrait se procurer. Il coute à peine 500 euros. On lui a volé le sien, elle connaît le voleur mais peut-elle porter plainte ? Il est ami avec son unique témoin. Même si elle le paie 100 euros, il refusera sûrement de parler, la met en garde le garçon. Elle est bien allée à la police mais ils ont refusé de prendre sa déposition en anonyme. Elle ne veut pas qu'on évoque son nom,  elle n'a personne pour la protéger au cas où.

Elle change de sujet et parle soudain d'un autre ami. Lui aussi, comme elle apparemment, à eu des soucis d'un autre ordre avec la police. Le mot "dealer" dans le bus à 9h du matin, c'est inespéré , fait relever les yeux de tous les passagers.

De toute façon elle en a marre elle veut quitter Paris. Ici elle se fait régulièrement agresser, et de toute façon les gens ne pensent qu'au fric et font la gueule tout le temps, affirme-t-elle en prenant bien soin de dévisager les travailleurs pressés du matin qui lisent Matin plus ou 20 minutes ou Métro après avoir courru après le leur pour ne pas le rater. Elle en a marre, c'est décidé, elle va se casser dans le 77.

Je souris intérieurement. Il faudra aller plus loin que le 77, pour voir d'autres gens, prévient avec une pointe d'ironie dans la voix une cadre dynamique. Et s'engage le débat sur là où il fait bon vivre en France.

Certains matins, dans les transports en commun, on se dit qu'on a bien fait d'oublier son bouquin.

Posté par Chipolata à 12:01 - Les Autres - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 28 août

Trente-deuxième marche sous le soleil

Il pleuvait ce soir-là quand elle est entrée dans le métro. Elle s'est adossée contre un strapontin (en cas d'affluence, ne pas utiliser) en prenant garde à ne pas laisser goûter son parapluie sur ses chaussures légères. Elle avait l'impression de découvrir pour la première fois cette armée humide de vivants-morts sortant du boulot, naviguant vers des cieux pas vraiment plus cléments. Elle se disait que décidément, elle ne supportait plus la foule et aurait donné cher pour se téléporter en cet instant.

A Châtelet un SDF dormait sur le quai. Haut-le-coeur politiquement incorrect, l'argent n'a pas d'odeur mais la grande misère exhale des effluves nauséabondes qu'on supporte en faisant semblant de ne rien sentir pour ne pas vexer le monsieur ou bien parfois en échangeant des clins d'oeil complices avec d'autres qui n'ont pas peur de dire très fort dans leur tête que ça sent mauvais.

Elle déteste cette odeur elle déteste la pauvreté elle déteste ceux qui se pressent le matin pour partir et le soir pour arriver elle déteste la sonnerie qui indique qu'il ne faut plus monter et elle déteste par dessus tout cette limace de tôle qu'elle doit si souvent emprunter...

Labyrinthe de couloirs enchevêtrés dans lesquels des pantins automatisés du cerveau se bousculent sans cesse, elle déteste abhorre Châtelet. Plus que quelques pas, et enfin elle émerge de la terre sous le ventre gris et obèse de Paris.

Elle soupire en pensant à son Lavandou natale, peut-être finalement n'aurait-elle jamais du monter à la capitale. Elle retrouve ses amies, ce soir c'est bar mi-branché, mi-indé... Raccroche son sourire à ses lèvres.

Ce soir, dans le métro haï  il lui faudra remonter.

Posté par Chipolata à 19:18 - Les Autres - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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